PICT0010__800x600_

Saandati vend des oranges sur le marché depuis plus de vingt ans à Mamoudzou. Elle est originaire de l'île d'Anjouan et n'a jamais obtenu de visa pour vivre à Mayotte. Elle est ce qu'on appelle une personne sans papier, une clandestine.

Au gré des rafles de la Police aux Frontières, elle retourne dans son pays deux à trois fois par an, le temps de revoir la famille restée au village.  Mais invariablement, Saandati reprend la mer à bord d'une barque remplie de prétendants à une vie meilleure que l'on rencontre sur toutes les mers du globe et appelée ici kwassa-kwassa.

Sa vie est donc mi-mahoraise, mi-anjouannaise et elle a ses habitudes dans les deux pays.  Comme tous les habitants du monde, son pays est pour elle le plus beau  et elle ne désespère pas y retourner un jour définitivement, pour y vivre une vie normale.

Mais depuis quelques temps, Saandati se sent mal; elle arrive à 72 ans et la santé n'est plus ce qu'elle était. Elle est fatiguée, ses jambes ne la soutiennent plus, et son coeur bât la chamade pour un rien. Elle a pris les herbes que le foundi lui a donné mais le mal est puissant et il persiste.

Elle demande de l'aide à Issati qui vient lui acheter des oranges toutes les semaines.

" va prévenir le policier que je suis ici et qu'il doit m'emmener parce que je suis en situation irrégulière ".    Issati s' exécute et le policier, qui connaît Saandati, lui dit qu'il viendra demain matin au petit jour la chercher dans sa case.

La vieille femme rentre lentement chez elle, sur les hauteurs de Kawéni et prépare son baluchon. Vingt ans de vie sont contenus dans ses lambes.  Elle distribue ses ustensiles de cuisine en noix de coco à ses voisines, elle donne son petit tabouret à sa copine et garde pour elle ses maigres économies ainsi que son livre du Coran.

Et elle attend.

A l'aube, le policier vient lui dire qu'il n'y a plus de place dans l'avion et qu'il reviendra demain.

Le surlendemain, il arrive enfin. Elle monte doucement dans le camion avec l'aide du policier. Sa copine Fatima est embarquée aussi, mais elle, elle reviendra dans quelques jours.

L' avion ne partira que demain, et elles sont donc déposées au centre de rétention de Pamandzi.  Une journée de jeun est sans importance et elles ont pris soin d'emporter de l'eau pour boire.

Dans deux jours au plus tard, Saandati sera de retour sur la terre qui l'a vue naître, de retour au village de ses ancêtres, de retour parmi les siens.

Sans souci ni regret, elle regarde une dernière fois par la fenêtre l 'île de Mayotte qui l'a nourrie pendant plus de vingt ans.

Elle est apaisée, elle pourra mourir tranquille, elle est de retour au pays.

Merci à toi Saandati pour ton sourire et tes oranges.

                                        Kaay à Mayotte