Mayotte

Je suis partie de bon matin à Kaweni, et ne trouvant pas de taxi, je décide d'aller à pied jusqu'à ma destination, Jumbo Score.  Je me suis habillée très parisienne en vacances, jean taille basse et petit top, le tout d'une jolie couleur chocolat, avec mes tongs roses qui complètent le tout.  Je me la pête grave, je suis trop belle et le premier qui m'ignore s'en prend une...!!

Je marche donc sur la route de Kawéni et au bout d'une demi-heure arrive à Majicavo, l'endroit ou sont regroupées toutes les boutiques intéressantes.  Une épicerie fine a ouvert ses portes il y a quelques mois et l'occasion est trop belle d'aller voir de plus près les merveilles que l'on y trouve.

En entrant dans la boutique, je suis accueillie par le sourire de la vendeuse qui me dévisage des pieds à la tête. Le sourire se fige en voyant le bas de ma personne.  Je regarde en même temps qu'elle la partie de toute son attention, et j'y vois la même chose qu'elle: mes pieds sont NOIRS DE CRASSE. La marche d'une demi-heure a entamé la beauté de mes pieds ainsi que le vernis à ongles Dior 986 Pourpre Invention qui n'a de pourpre que le nom, maintenant.  A la place, une fine couche de poussière grise met tout ceci en valeur.

Le canon que je suis habituellement vient de se transformer en SDF, digne des plus belles filles de la Cour des Miracles tout juste bonne à faire l'aumône.

Fière comme je ne sais plus qui, je fais un tour dans la boutique et achète un pot de sucre à la rose de chez Fauchon.  Sale peut-être mais avec des goûts de luxe.

J'avais acheté une bouteille d'eau gazeuse pour me désaltérer, aussi mon cerveau en ébullition me suggère une idée géniale: je vais me rincer les pieds en sortant de la boutique et ils redeviendront tout beaux tout propres, et mon vernis à ongles ressortira mieux ainsi.

Mettant ma menace à exécution, je suis très fière de moi et peux ainsi continuer mon périple.

Oh nooon....que je suis bête...pourquoi j'ai fait ça...la poussière s'accumule et se transforme en agglomérat de crasse sur mes tongs rose fushia...c'est malin, en plus maintenant, je ne peux plus marcher.  Ben oui, vous avez déjà essayé de marcher avec des tongs toutes trempées vous...? ça glisse...!!

Je reste scotchée dans la petite flaque d'eau et quelques rares passants me jettent un oeil ahuri, comme si j'étais une bête de foire. C'est malin, c'est vraiment malin de ma part.    Tant pis, sale pour sale, je continue mon shopping.

De retour sur Mamoudzou, je me dirige vers le marché ou je trouve enfin le petit panier vert anis que je cherchais depuis une semaine.   Oui, mais j'ai devant moi deux touristes m'zungus qui se déchaussent avant de rentrer dans l'échoppe (qu'est-ce qui leur prend, d'ailleurs...).  La vendeuse,  croyant qu'on est ensemble, me fait signe d'en faire autant mais se ravise en voyant mes petits petons tout noirs.   Sourire crispé de part et d'autre, je vais lui flinguer son lino si j'entre pieds nus.   Oui, mais j'ai besoin des petits paniers aussi je choisis la solution intermédiaire: je lui dicte de loin ce que je veux, et elle me trouve ça en quelques secondes.  Merci vendeuse.

Il me reste à rentrer à la maison, je prends donc la barge.    Problème: sur la barge, on s'assoit et le pantalon remonte et les pieds se voient encore plus et j'ai la vague impression que tout le monde me regarde. C'est pas faux, tout le monde a les yeux rivés sur ma saleté.   J'ai le sentiment étrange d'être une pestiférée.   

La fin du calvaire arrive, et je peux enfin me déchausser à la maison.   Les lanières de mes tongs ont créees une jolie arabesque de noir de saleté, aussi je file vite sous la douche, qui sera suivi d'un bon gommage, croyez-moi.

Ce grand moment de solitude aura duré toute la matinée...

                               Kaay à Mayotte et toute propre maintenant.