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Un lundi matin, j'ai décidé de me montrer courageuse et d'aller chercher ma carte bleue à la Banque de l' Océan Indien, la BFC pour les intimes.  J'arrive à 7h30 du matin, juste pour l'ouverture et sans le savoir, je m'apprête à vivre UN Grand Moment de Vie Locale.   

Apparemment, je ne suis pas seule à attendre l'ouverture.

Heu....j' suis après qui, moi...???

L'entrée se fait dans le chaos le plus total. Enfin, à mes yeux. Mais une fois à l'intérieur chacun prend sa place naturellement. Je me place à la dernière place d'une file qui s'est formée tandis que les femmes s'installent en attendant leur tour. 

Laissez-moi vous présenter la configuration de la BFC pour plus de clarté.   Pas de SAS de sécurité, on rentre dans la banque comme dans un moulin, avec trois ouvertures non gardées. Les portes restent constamment ouvertes et on peut aller et venir sans aucun problème, sans aucune raison, juste histoire de visiter les lieux.  Un immense comptoir court le long du mur du fond, sans protection aucune pour les employés. La seule délimitation est une ligne jaune à terre dont il est interdit " en théorie " de dépasser, pour préserver le secret bancaire vis à vis du client.  Le hall est très grand, mais pas assez pour contenir la foule qui vient chercher ses sous en début de mois.

Chacun prend sa place dans la file, chacun connaît sa place dans la file. Je prends n'importe quelle place et me situe derrière une chemise rouge et devant une m'zungu hyper nerveuse, le genre a avoir prévu d'expédier ça en 10 mn mais qui se retrouve fort dépourvue.   

Les femmes se couchent à terre, l'attente promet d'être longue. Bon, quand on connaît les bouénis, on sait que même pour 10 min d'attente, elles s'allongent. Vous avez déjà vu une banque ou on attend son tour couché par terre..??    nous, oui.   

Je l'ai déjà dit et je le répète: Mayotte est de tradition orale. Oh que oui...!!   ça parle, ça cause. On marche lentement mais on parle très vite à Mayotte.  Mettez donc une centaine de personne très bavardes dans une salle et vous aurez vite une ambiance de Salle des Pas Perdus de la Gare St-Lazare à une heure de pointe.

Donc, nous avons: un brouhaha amplifié par la hauteur sous plafond, des femmes allongées en attendant leur tour, des hommes qui rejoignent des copains dans les files d 'à côté, et moi, et moi et moi.

Au fur et à mesure que les clients passent au comptoir, la file avance mais je fais du surplace. J'ai oubliée que les bouénis couchées attendent aussi leur tour, qu'elles n'étaient pas là juste pour le folklore et qu'elles se mettent en place quand leur tour arrive. Dans ma file. Devant moi. Et devant la m'zungu qui est derrière moi. Celle-ci compte les minutes qui passent, et elle est au bord de la crise de nerfs.

Au bout d'1h 60, deux heures en fait, mon tour arrive enfin: je dégaine ma carte d'identité et le papier ou est noté la date de la demande de carte bleue.  L'employée ne trouve pas ma carte: celle-ci est restée dans les bureaux et attend sagement que quelqu'un veuille bien la faire descendre.  Je peux y aller moi, dans les bureaux...

- Nan, c'est privé, faut revenir...

- quand...

- un autre jour, peut-être demain.

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La femme derrière moi ressemble à Marge Simpson sous acide et avant même de demander ce qu'elle est venue chercher, elle se met à gueuler qu'elle n'a jamais vu ça, que c'est lamentable, que ça fait trois heures qu'elle attend...menteuse, ça fait même pas 2h00... et qu'elle va hyperventiler pour la peine.  Mais faut l'excuser: elle vient d'arriver à Mayotte et n'a pas encore l'habitude, la pôvre.

Pour ma part, j'ai perdu deux bonnes heures à la banque pour rien puisque je suis obligée de revenir chercher ma carte bleue.  Mais j'ai pris une leçon de vie en deux heures: toujours apporter un téléphone portable pour prévenir qu'on sera légèrement en retard, un bouquin très épais, une bouteille d'eau, un sandwich à la mousse de canard, radical pour repousser les ceux qui veulent griller ma place dans la file d'attente, des cornichons pour la fraîcheur, et des lingettes pour faire sa toilette en attendant, histoire de gagner du temps sur la douche de ce soir.

Et un MP3 pour avoir un petit reggae dans les oreilles, histoire de couvrir un peu les bruits d'ambiance.  Je viendrais avec ma glacière pour conserver tout cela au frais et une petite table de pique-nique-avec-son-tabouret-intégré parce que j'ai un peu de fierté et qu'il est hors de question que je m'allonge par terre.  On a son quant à soi, tout de même...!!

Au final, ma carte bleue Visa Premium Gold Platine m'aura coûtée 3 fois 2h pour l'avoir en ma possession. Et elle périme en juin 2009, ce qui me laisse encore un peu de temps avant d'être obligée de prendre quelques jours de congé juste pour régler cette corvée.   

Vous savez quoi..??   Pascal, le mari de moi, avait fait sa demande de carte le même jour mais n'a pas eu besoin d'attendre des heures à la banque pour récupérer la sienne. Il y est allé en pleine semaine et au milieu de mois.  Genre un  mercredi 16, vous voyez... il s'est bien moqué de moi, je ne savais pas y faire avec l'administration...

- oui mon chéri, mais regarde la date de la tienne, elle périme dans 4 mois.  Une erreur de la banque sans doute.   On ne peut pas être chanceux à tous les coups.         

Ca fait un peu BD, Mayotte...nan..??

                                   Kaay à Mayotte