Mayotte, l'île au lagon

Notre quotidien sur l'île de Mayotte dans l'Océan Indien.

12 juin 2009

Salima...

Le_Lagon_01

Salima à 35 ans. Elle a six enfants, dont le premier à 18 ans et le dernier 6 ans.  Elle n'est pas veuve, elle a un mari mais celui-ci disparaît régulièrement de la maison pendant plusieurs mois ou plusieurs années, au gré des grossesses de sa femme. Ali reste le temps que sa femme mette le petit au monde, puis disparaît à nouveau quand le petit fait ses premiers pas.

Et dès qu'il revient, une nouvelle grossesse se met en route. Et c'est une histoire sans fin.

Salima travaille donc pour nourrir sa famille. Elle fait des ménages chez un m'zungu qui la paie convenablement. Elle a 180 euros à la fin du mois pour payer ses factures et nourrir ses enfants. De temps en temps, son employeur lui donne une prime, notamment au moment de Ramadan. C'est dur, mais Salima arrive à boucler les fins de mois.

Mais elle n'a pas le moral aujourd'hui: je la vois en pleurs, inconsolable. Alors elle me raconte ses malheurs. Ses filles de 14 et 16 ans sont sorties toute la nuit faire la fête avec des garçons, et elles ne travaillent pas à l'école ni à la maison.  Je connais Salima, et je sais qu'elle se tue à la tâche pour faire vivre ses enfants. Elle souhaite que ses petits puissent faire des études pour avoir un métier plus tard afin qu'ils ne galèrent pas comme elle le fait. Aussi, elle voit d'un très mauvais oeil les fréquentations de ses deux filles. Elle les bât quand elles reviennent de leurs nuits, mais il n'y a rien à faire, les filles sont jeunes, jolies et entendent bien profiter des largesses des hommes   " elles vont me ramener des petits à la maison, et alors, qu'est-ce que je pourrais faire..."

J'écoute, je hoche la tête, mais je ne sais pas quoi lui dire. Comment on éduque de jeunes fugueuses ??   il est certain que les coups qui pleuvent n'arrangent rien; elle voudrait faire mais ne sait pas.

Pour ajouter à son malheur, elle a appris hier que son mari s'était marié avec une cousine à elle sur l'île de Mohéli, à quelques kilomètres de Mayotte.  Son mari s'est remarié, sans rien lui dire, sans aucune explication. Elle qui l'attendait encore. Elle se console en se disant que la cousine aura la même vie qu'elle, mais que c'était dur ce matin de se lever...

Salima s'excuse de pleurer devant moi, se reprend et me dit avec un sourire: heureusement, mon fils aîné est le petit homme de la maison, il m'aide bien et veut être agriculteur dans quelques années, tu sais...

Puis, elle essuie ses larmes, remet son salouva en place, son kichâle sur la tête et s'en va travailler fièrement.

                                         Kaay à Mayotte

P.S: habitants de Petite-Terre, si vous cherchez une femme de ménage, sachez que Salima cherche des heures à faire et qu'elle est volontaire, denrée rare s'il en est à Mayotte.  Contactez moi si vous voulez plus de renseignements.

    

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06 mai 2009

Puisque c'est comme ça, je m'en vais...

Vendredi, je pars en vacances. Ouais. En métropole.  Re-ouais. Je vais donc prendre l'avion durant deux heures pour rejoindre la Réunion, ou j'aurais deux heures d'escale, puis 9h de vol pour atterrir à Roissy à 6h du mat'. Ceci pour répondre à ceux qui se demandent combien d'heures de vol pour Mayotte.

Au programme, la Bretagne et sa célèbre forêt de Brocéliande, quelques jours en Normandie et ses parapluies de Cherbourg, et Paris et ses boutiques, avenues et places les plus belles du monde, il parait. Enfin, pas pour les boutiques, elles ressemblent à celles de partout.

feuille_de_palme 

Il parait qu'il fait bon, en ce moment. 5°le matin me disait mon papa. Moi qui comptait débarquer en tongs, je vais être obligée de mettre des chaussures fermées. L'horreur. Et la polaire. Re-l'horreur.

Bon, il semblerait aussi qu'une vague grippe met la parano au goût du jour. Alors, je vais vous servir une série de questions stupides, dans le genre de celles que nous pouvions entendre à la grande époque du chikungunya.

- est-ce que la grippe sévit aussi dans les Grands Magasins de type Galeries Lafayette. Si oui, est-ce que l'étage de la Mode est touché

- est-ce qu'on est obligé de marcher dans les rues avec un masque

- est-ce qu'il existe des masques roses bonbon, plus seyant à mon teint

- est-ce que les gens tombent raides morts comme des mouches dans les ruelles malfamées de la capitale

- peut-on tout de même aller aux toilettes dans les restaurants

- suis-je obligée de serrer la main de ceux qui me saluent

- puis-je dénoncer la personne qui ne met pas sa main devant sa bouche en me parlant

- ou est-ce que je peux lui coller une baffe...et la dénoncer ensuite

- est-ce que la grippe du cochon peut s'attraper en mangeant du chocolat

- pouvez-vous me donner une liste de boucherie-charcuterie qui ne soit pas infectées par la grippe porcine dans le Morbihan

- et pouvez-vous me dire quels sont les hôpitaux les plus proches en cas d'ingestion involontaire de bacon au petit déjeuner. Ou de salami, je ne suis pas difficile

- serais-je obligée de me passer de choucroute, de tartiflette, de travers de porc au miel, de jambon dans le torchon et de rillettes..arrêtez, j'en salive d'avance.

- enfin, est-ce que la grippe de type A est la seule dans son genre et peut-on imaginer qu'il va y avoir toutes les lettres de l'alphabet pour faire staïle

feuille_de_bananier

Un petit sondage entre vous et moi: est-ce que ça vous intéresse des photos de la Bretagne, de la Normandie et de Paris ??

nan, parce que si ça ne vous tente pas plus que ça, je n'en mettrais pas.

En même temps, c'est mon blog et je fais ce que je veux.

Oui, mais c'est vous qui le lisez. Et c'est Mayotte qui vous botte. 

Rhan lala...j'arrive pas à me décider.

Bon, je vous laisse, je répondrais demain soir à vos commentaires si j'ai le temps, parce que j'ai mes bagages à préparer, moi.

Soyez sage et ne faisez pas les fous.

                                              Kaay à Mayotte

Et des photos des aéroports, ça vous tente  ??

nan parce que j'adore les aéroports.

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15 mars 2009

Qui va me faire réver, maintenant...

Nosy_Iranja

Il y a plusieurs moyens de voyager.  On voyage tous, même sans se déplacer. Comme beaucoup d'enfants, j'ai commencé à bouger à travers les contes et les récits de mon enfance. Puis la musique a pris le relais dans mes évasions quotidiennes.

Mes parents et mes oncles m'ont appris le rock, le vrai: les Stones, les Doors, Jimmy Hendrix, les Pink Floyd, Satriani, les Clash, Deep Purple....Tous m'ont aidés à voyager, à m'évader, à me transporter ailleurs que dans mon quotidien parfois ennuyeux.

Les concerts ont pris le relais, et j'en ai vu un sacré paquet. Puis un jour, alors que j'écoutais la radio libre...ça remonte à loin...j'ai eu le coup de foudre musical pour Alain Bashung. Qui ne s'est jamais démenti depuis. Je suis de celles qui achète le dernier album les yeux fermés. Mais les ouïes grandes ouvertes. Mon coeur balançait entre Lavilliers et Bashung. J'ai pris les deux, sans choisir.

Enfermez-moi dans une pièce, je trouverais toujours le moyen de m'évader. Au moins en pensée.  Bashung m'a proposé un voyage, j'y suis entré à pied joint sans jamais en ressortir. Un voyage au pays de l' imaginaire, du surréalisme, du bizarre et du complexe.  J'ai adhéré immédiatement, et jusqu'au bout.

Écoutez Pyromanes sur Novice et dites m'en des nouvelles. Écoutez Madame rêve sur Osez Joséphine et vous saurez dans quel monde je navigue. Un Âne Plane sur Chatterton, et vous comprendrez toute l'absurdité de notre monde.

Bashung est mort mais ses chansons sont éternelles. Elles m'accompagnent au quotidien depuis plus de 20 ans, et j'en reprends pour les 20 prochaines années à venir. Mais ne me parlez pas de joie de vivre aujourd'hui. Demain ça ira mieux mais pas aujourd'hui. 

Voici pour finir cette phrase qui résume à elle seule toute ma philosophie.   

"ce qui 'intéresse, c'est le cheminement. Car je sais très bien ce que je cherche, c'est ce que je ne vais jamais trouver. Mais le long du chemin, je rencontre de grandes joies." Alain Bashung-1984.

                                               Kaay à Mayotte, trop triste pour en rire.

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23 février 2009

Anti-moustique...

le_moustik

Il n'y a aucun danger à vivre à Mayotte. Rien. Pas le moindre petit frisson à l'horizon. Les araignées sont affreuses mais elles ne mordent pas, ne piquent pas et ne rentrent pas dans les habitations. Les cafards sont véritablement très laids, mais sont incontestablement sans danger. La scolopendre est une vilaine bète qui mord...aïe, ça fait mal...dont la morsure équivaut à une bonne brûlure, mais à part la douleur, rien de méchant.  Non.

Mais dans le genre petit et fourbe, nous avons le moustique. Ouais.

L' AÈDES  nous apporte des maladies au doux nom exotique tel que la malaria, la dengue et le chikungunya. Ok, les deux premiers n'existent pas à Mayotte mais il nous reste le dernier, celui au nom imprononçable.

Comme presque partout dans le règne animal, c'est la femelle qui fout la zone. Elle pique, elle suce le sang qui est indispensable à la maturation des oeufs. La femelle peut pondre 200 oeufs par ponte, et on peut raisonnablement dire qu'elle est une mauvaise mère. En effet, comment voulez-vous qu'elle puisse câliner deux cent petits en même temps ?? c'est pas possible, tout simplement.

Il ne lui faut que quelques millimètres d'eau pour pondre ses oeufs et elle n'hésitera pas à squatter nos vases, nos pots de fleurs et nos vieux pneus usagés amoureusement et joliment disposés sur la pelouse afin de faire son nid. Donc, pour ne pas avoir de moustiques dans le jardin, il vaut mieux éviter d'avoir des réservoirs d'eau. Ou alors un sèche-cheveux spécial gazon, mais en période de pluie, ça suppose d'avoir beaucoup de temps et de patience.         

Or, pour se protéger, plusieurs solutions existent, même si elles ne sont pas forcément la panacée.      

la_spirale

Les spirales d'encens, imprégnées de produit anti-moustique sont un élément indispensable à ma vie tropicale. Dès la tombée de la nuit, vers 17h, j'en allume cinq ou six tout au long de ma terrasse. L'odeur plus la fumée fait fuir ces insectes et je passe une soirée tranquille. On en trouve partout, et je les achète à la Somaco pour 40 cts la boite de 10. Faites le calcul, je suis peinard pour 8 euros par mois. J'ai même acheté des terres cuites pour les mettre à brûler, sinon la cendre vole partout. Et en plus, elles servent de déco, un peu, nan ?? 

Il parait que certaines odeurs attirent les moustiques: les parfums en général aussi il est vivement déconseillé de se parfumer à grand splash d'eau de toilette si on ne veut pas se faire dévorer. De même, on choisira un déodorant avec une odeur plus neutre pour les mêmes raisons.

   

les_geckos

Les huiles essentielles de lavande et de géranium sont réputées comme anti-moustique naturel et il est conseillé de les faire brûler dans un brûle-parfum, par exemple. Ne mettez jamais les huiles directement sur la peau, parce que ça brûle l'épiderme.

Ces solutions sont super efficaces quand on reste sur place, mais en randonnée, il est difficile de se balader la spirale à la main. D'autant que pour qu'elle soit efficace, il vous faudra l'agiter du dessus de la tête jusqu'aux pieds. Il ne vous manquera plus qu'un bol renversé sur la tête, et vous serez bon pour l'hôpital psychiatrique au vu des autres randonneurs qui vous entourent. Injouable. Heureusement, il existe des sprays anti-moustique à pulvériser sur les parties découvertes. Les jambes, les bras et le décolleté vous remercieront.

Il est conseillé de mettre un pantalon plutôt qu'un short, une chemise à manches longues plutôt qu'un tee-shirt.

J'ai trouvé la solution idéale: je me balade sous une moustiquaire pour deux personnes quand je vais en forêt, et un bâton de bambou m'aide à chasser les maladroits qui se retrouvent en dessous. Un joli saladier bleu marine me sert de chapeau et me protège du soleil au niveau de la tête. C'est simple, en fait, d'éviter les moustiques. Super fastoche.

                                               Kaay à Mayotte      

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16 janvier 2009

Les deux îles...

le_lagon

Mayotte est composée de deux îles: Petite-Terre et Grande-Terre. L'aéroport se trouve sur la petite et en arrivant, c'est donc celle-ci que vous verrez en premier.

Traitons donc aujourd'hui des avantages et inconvénients des deux îles. 

- sur Petite-Terre, on est proche de l'aéroport et ça parait bête, mais quand on rentre de voyage, il est appréciable de n'avoir qu'un taxi à prendre pour rentrer à la maison. En même temps, pour rejoindre Grande-Terre, les touristes  adorent prendre la barge, afin de  s'immerger immédiatement dans les couleurs locales.

- quand on a de la visite, il y a deux minutes de route à faire pour aller chercher les visiteurs à l'aéroport. Et on voit l'avion arriver. On l'entend aussi. Oui, on l'entend.   

- Il y a beaucoup de militaires sur Dzaoudzi et la vision des camions verts de la gendarmerie dans les rues des villages est courante. De même que les légionnaires faisant leur jogging le matin sur le Bd des Crabes. Sur Grande-Terre, vous pouvez parcourir des kms sans voir le moindre véhicule kaki. 

- si on a l'impression au début d'arriver dans un pays en guerre, un petit Dzaoudzi-Kinshasa, il est en fait beaucoup plus rassurant de savoir qu'il y aura toujours quelqu'un pour vous venir en aide en cas de problème. Et, avec tout ces militaires sur Dzaoudzi, il y a nettement moins de vols, de cambriolages et de clandestins sur Petite-Terre. Heu...nettement moins ne veut pas dire Pas du Tout, attention.

- les plus belles plages sont sur Grande-Terre, aussi il nous faut barger pour aller voir les merveilles de Mayotte.

le_ponton 

- quand on veut faire du shopping, c'est sur Grande-Terre qu'il faut aller. Et il faut barger. Et si c'est exotique au début, c'est casse-pied à la fin. Pour une journée passée à Bouéni, dans le sud de l'île, il faut compter une demi-heure de plus que les grand-terriens avant de pouvoir faire plouf dans l'eau. La même chose le soir, on ne reste pas, on va rater la barge...

- L'eau est potable au robinet sur Petite-Terre, tandis qu'il vous faudra une carafe munie d'un filtre pour pouvoir la boire sur Mamoudzou. En théorie du moins, parce qu'en pratique, on s'habitue à tout. Notre note de flotte ne sera pas la même non plus puisque sur Dzaoudzi, c'est l'eau de mer dessalée qui arrive dans les tuyauteries, tandis que sur Grande-Terre, il s'agit de l'eau issue des réserves de Combani. L'eau de mer est donc moins chère, puisqu'il n'y a pas de réservoir à prévoir.

- on nous traite, nous, habitants de Petite-Terre, de bourgeois du 16e. Et on a raison. Non pas que nos salaires soient plus élevés, mais quand EDM (Électricité de Mayotte) prévoit des coupures "pour cause de surcharge d'énergie électrique", on est beaucoup moins touché que LES AUTRES.  La cause: M'sieur le Préfet ainsi que toutes les huiles des Armées habitent sur Dzaoudzi. Et il est très gênant pour ces messieurs de se passer de clim' au dîner. Donc, EDM coupe volontiers le reste de l'île pour éviter le crash mais évite au maximum de toucher à Petite-Terre. Évite ne veut pas dire qu'on n'est jamais coupé, mais on y est beaucoup moins souvent et moins longtemps que Mayotte toute entière.

plage_du_sud

- Il y a peu de baobabs, de bangas, et pas du tout de maki sur Petite-Terre. Et j'aime bien les makis. Et quand je veux en voir, je dois barger et donc, je n'en vois pas souvent parce que j'ai la flemme de barger. En plus, j'en ai marre d'avoir la flemme. Je profite donc de cette note pour m'insurger haut et fort contre ce fait avéré et prie instamment le pouvoir en place de m'amener immédiatement quelques makis dans mon jardin, parce que j'en ai besoin pour prendre quelques photos. S'il vous plaît. Merci.

- Petite-Terre est petite, comme son nom l'indique. 3 kms de long sur 1.5 de large, et donne l'impression d'habiter dans un village.  C'est bien, c'est sympa, c'est convivial et ça donne l'impression d'être en vacances toute l'année. Problème: on ne peut pas roter sans que tout le monde sache ce qu'on a mangé hier soir...de la potée au chou, pourquoi...et Radio-Cocotier marche à fond. En même temps, Radio-Cocotier fonctionne très bien sur toute l'île donc on n'est pas mieux loti que vous à ce niveau. 

le_p_cheur

- quand il pleut, les taxi-mens ne sortent pas leur auto sur Petite-Terre. Oui, la pluie, ça mouille. Aussi, c'est justement le jour ou vous en avez le plus besoin que vous vous taperez le trajet à pied. Et j'ai vu, on a tous vu il y a peu, des touristes aller à l'aéroport A PIED sous une pluie battante parce qu'il n'y avait pas de taxi à la sortie de la barge pour les y amener. Les taxis font grève aujourd'hui et bloquent une partie de l'île de Mayotte, ls ont certainement raison sur bien des points, mais qu'ils n' oublient pas que leur fonction première est d'amener les clients d'un point à un autre en toute sécurité.  Conclusion: les taxis de Petite-Terre sont des snobs qui préfèrent rester au chaud à la maison plutôt que de salir leur tas de boue.  Des snobs ou des cons, allez savoir...    

Pour toutes les raisons que je viens d'évoquer, il semblerait que Petite-Terre soit plus calme que Grande-Terre. Encore que pour juger correctement, il me faudrait expérimenter les deux. Avis donc à tous les habitants de Grande-Terre qui voudront bien me dire ce qu'ils pensent de ce point de vue et me dire pourquoi ils ne voudraient surtout pas barger pour habiter chez nous. Je rajouterais au besoin un PS pour donner plus de poids à mes arguments.

Bon week-end à tous

                                                            Kaay à Mayotte    

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28 août 2008

Les p'tits plaisirs...

le_zebu

J'ai des goûts de luxe. Si si.  Aux pièces de boeuf congelé dures comme la pierre qu'on trouve à Mayotte chez tous les bons brocanteurs, je préfèrerais toujours la côte de Charolais préparée amoureusement par mon boucher.   Au parfum "capiteux" à 5 euros vendu sur le marché à côté du poisson et des ustensiles de cuisine, je dépenserais toujours mon argent à la parfumerie pour avoir une senteur de qualité.  Un sac à main de contre-façon ne trouvera jamais grâce à mes yeux, je préfère encore un sac de pas-de-marque-du-tout à défaut d'avoir le vrai.

Mais je sais aussi accorder de la valeur aux petits plaisirs tout simples:

- prendre une douche très chaude au réveil

- regarder la pluie tomber quand je sais que je n'aurais pas à mettre un pied dehors.

- tomber sur un bon bouquin et ne plus pouvoir décrocher.

- cirer mes meubles

- manger la confiture à même le pot.

- toucher un galet bien rond.

- aller me coucher au dernier moment, quand je tombe de sommeil.

- manger des Spéculoos avec un thé de Noël.

- marcher pieds nus

- sentir l'odeur du café qui passe dans la cafetière

- faire la vaisselle

- être seule sur le banc de la barge qui m'emmène au boulot

- entendre le carillon de bambou sur ma terrasse les jours de vent

- mettre la musique à fond sur la chaine pendant que je fais le ménage

- sentir l'odeur des viennoiseries toutes chaudes à l'entrée des boulangeries

- faire les boutiques toute seule

- manger toute la tablette de chocolat dans la soirée sans aucun scrupule

- admirer le dégradé de bleu du lagon

- trouver le côté ridicule de chacun, y compris le mien, et me marrer toute seule

- regarder un Atlas et mettre une croix sur tous les endroits du monde que j'aimerais visiter

- pleurer parce que la fin du film est triste

Voilà, j'ai dit les miens, racontez-moi les votres, qu'on partage un peu.

                            Kaay à Mayotte 

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22 août 2008

faits d' hiver...

Kaweni

Il était gendarme à Pamandzi et était fier de son uniforme. Il avait un métier, une situation, alors il a épousé la femme pour fonder une famille et l'enfant est venu peu après. Mais un jour, un contrôle de police est venu mettre fin à cette belle histoire. La femme est une clandestine, une sans-papier et l'expulsion a été immédiate. La gendarmerie a remercié notre homme parce qu'il est interdit d'épouser un étranger en situation irrégulière et il était supposé respecter la loi mieux que quiconque.

L'homme se retrouve désoeuvré; il ne quitte plus son banga, regarde la télé toute la journée, broie du noir et ressasse des pensées morbides.  Un jour, il dit à la femme qu'il va les tuer, elle et le bébé et se donner la mort ensuite. On sera heureux tous ensemble. Elle ne prête pas attention à ses paroles, persuadée que demain est un autre jour.

Ce soir, il prépare le repas puis dîne avec sa femme et son fils.  Pendant que le bébé dort, ils partent se baigner tout les deux et reviennent à la maison. L'homme demande à la femme d'aller lui acheter des cigarettes et des allumettes à l'épicerie un peu plus loin. Elle revient de la boutique à 22h et, la première chose qu'elle aperçoit en rentrant à la maison est le couteau ensanglanté par terre dans le salon. Levant la tête, elle a une vision d'horreur: son bébé gît sur le lit, baignant dans une mare de sang. De son sang. L'homme a égorgé son fils et est allé se rendre immédiatement à la gendarmerie. L'affaire relevant de la Police, l'homme a été placé en garde à vue puis incarcéré, selon les termes habituels.

La seule chose qu'il ait dite à sa femme, c'est "je serais mieux à Majicavo (la prison), je serais en paix"

Bébé tué par son père-Août 2008.

                                         Kaay à Mayotte            

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20 août 2008

Une histoire de cycle...

la_mer

J'ai beau vivre dans un endroit idyllique, je suis soumise comme tout le monde aux caprices de la nature. Avez-vous remarqué qu'une période de malchance succède souvent à une période de chance. Je suis en plein dans la malchance, devrait suivre une vraie période rose, logiquement.

Tout à commencé il y a quelques semaines. Discutant avec ma copine Christel sur MSN, elle me vanta si bien le site d'enchères Ebay que je décidais immédiatement de m'y inscrire. Mon but était de vendre tout et d'acheter n'importe quoi. Ou le contraire, je ne sais plus.

Croyez-le si vous voulez, je n'ai jamais réussi à aller plus loin que l'inscription. Au moment ou je dois lier mon compte Ebay avec celui de Paypal (pour payer et être payé ), quelque chose bloque et je dois m'identifier indéfiniment. Après avoir envoyé un émail pour me plaindre gentiment, j'ai reçu une réponse très courtoise mais complètement à côté de la plaque. Juste une réponse qui ne me donnait aucune solution, si ce n'est celle de réessayer.  Merci bien. Dans mon genre, je suis obstinée, rien ne me résiste et j'ai tendance à m'acharner. Mais au bout du DIXIÈME mail, toujours courtois mais toujours dans l'abstrait, j'ai décidé d'arrêter de me prendre la tête et de laisser tomber. Remarquez à quel point il m'en faut pour que je lâche l'affaire.

Dans le même genre, un mail m'avertit que ma commande aux 3 Suisses passée en juillet ne pourra m'être expédiée pour cause de règlement non effectué. Alors que la somme a été prélevée sur mon compte. Après un mail de réclamation, je reçois un mot me disant que ah oui, c'est vrai, vous avez bien payé ces articles donc on vous les envoie. Je suis allée les chercher ce matin à la Poste d'ailleurs, et il n'y avait même pas le nouveau catalogue dedans. Pas très gentil, les 3 Suisses.

Et la dernière en date, ce matin donc, je suis passée à Canal Satellite pour modifier mon contrat. Oui, je ne voulais plus de dessins animés Disney Channel et le reste, j'ai décidé de grandir et de devenir raisonnable. Donc, cultivons-nous, et mettez-moi à la place les chaînes du National Géographic et d' Ushuaïa Nature. Bien, bien, bien, me dit la...quoi déjà, la préposé, la commerciale, la vendeuse, l'employée, ça s'appelle comment son titre...bref, la fille avec un grand sourire. Je rentre donc à la maison et j'allume la télé pour constater que les chaînes des Toons n'y sont plus, mais qu'en échange, je n'ai pas les chaînes Découverte.

J'ai juste l'impression d'évoluer dans un monde parallèle, un monde ou personne ne semble comprendre mes demandes les plus simples. Un monde qui rappelle un sketch de Fernand Raynaud. Voilà. C'est ça. Ma vie actuelle ressemble à un sketch.

La seule solution est de laisser aller. Après une période de malchance vient toujours une période de chance. Toujours. Enfin, je crois.

                                                   Kaay à Mayotte

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18 juillet 2008

Koh Lanta...

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Alors que je zappe royalement la Star'Ac, Secret Story et autres émissions raffinées que la télévision nous réserve, j'avoue sans aucune honte consacrer un peu de temps 6 semaines par an à mon émission favorite: Koh Lanta. 

Les paysages magnifiques, l'impression d'être seuls au monde, la débrouillardise des uns et la paresse des autres me font frémir chaque semaine.

L'équipe des Tayaks, les rouges vont donc affronter celle des Mingaos, les jaunes, avec des épreuves physiques ou chacun tentera de donner le meilleur de lui-même avant de former une seule et même équipe au moment de la réunification.

Chaque semaine, je m'inocule donc ma dose de sadisme en regardant les candidats prêts à bouffer tout le monde sur les reportages tournés post-Koh Lanta et qui craquent au bout de trois jours parce que papa et maman leur manque. Ou qui pleurent parce qu'ils ont faim. Les chefs d'entreprise tyranniques, les mères de famille wonder-women, les fils à papa, les grands sportifs, les beaux gosses et les petits gros,  tous se révèlent dans cette aventure aux confins de leur monde ordinaire.         

Les citadins plus habitués à chasser la nourriture à grand coup de chariot au supermarché se retrouvent for dépourvus devant la nature pourtant généreuse en victuailles. Entre les cocotiers, les bananiers, les arbres fruitiers qui poussent en abondance,  le manioc, les poissons et les crustacés, tout l'art consiste à ne pas mourir de faim et à savoir gérer les réserves. D'ailleurs, pourquoi les joueurs ne mangent que la racine du manioc, alors que les feuilles sont très comestibles..??    à Mayotte, les feuilles de manioc au lait et à la pulpe de coco portent le nom de MATABA. Il faut aimer, ça a un peu le goût des épinards, mais quand on est en manque de verdure, c'est excellent.

Pour corser le manque de confort,  encore faut-il plaire aux autres joueurs de la même équipe pour ne pas se faire éliminer rapidement.   Je m'étonne toujours de ce que les plus vaillants partent rapidement tandis que les geignards restent souvent jusqu'au bout.   Il ne suffit donc pas d'être un chasseur-pécheur-bricoleur-ingénieux émérite pour gagner, il faut aussi savoir être fourbe, de mauvaise foi et un tantinet opportuniste pour espérer survivre parmi les loups.    Il me semble que dans la nature, ce sont les plus faibles qui partent en premier, loi de la jungle oblige. Pourtant, en dépit du total dépouillement des invités, c'est encore la loi du fric qui règne  puisque le gagnant ramassera quelque chose comme 100 000 euros.

C'est toute cette ambiance finalement très humaine que je prends plaisir à retrouver chaque vendredi soir. A la maison, après être passé au Burger Mahorais, nous branchons le répondeur pour ceux qui auraient l'inélégance de vouloir nous téléphoner, nous nous installons sur le canapé et nous partons pour deux heures de petits frissons à grand coup de "mais il est con, lui....pourquoi il a fait ça...".

Veuillez donc ne pas me déranger ce soir parce que je suis aux Philippines.

                          KOH LANTA pour en savoir plus. 

      

                   Kaay à Mayotte

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09 mai 2008

Un grand moment de solitude...

Mayotte

Je suis partie de bon matin à Kaweni, et ne trouvant pas de taxi, je décide d'aller à pied jusqu'à ma destination, Jumbo Score.  Je me suis habillée très parisienne en vacances, jean taille basse et petit top, le tout d'une jolie couleur chocolat, avec mes tongs roses qui complètent le tout.  Je me la pête grave, je suis trop belle et le premier qui m'ignore s'en prend une...!!

Je marche donc sur la route de Kawéni et au bout d'une demi-heure arrive à Majicavo, l'endroit ou sont regroupées toutes les boutiques intéressantes.  Une épicerie fine a ouvert ses portes il y a quelques mois et l'occasion est trop belle d'aller voir de plus près les merveilles que l'on y trouve.

En entrant dans la boutique, je suis accueillie par le sourire de la vendeuse qui me dévisage des pieds à la tête. Le sourire se fige en voyant le bas de ma personne.  Je regarde en même temps qu'elle la partie de toute son attention, et j'y vois la même chose qu'elle: mes pieds sont NOIRS DE CRASSE. La marche d'une demi-heure a entamé la beauté de mes pieds ainsi que le vernis à ongles Dior 986 Pourpre Invention qui n'a de pourpre que le nom, maintenant.  A la place, une fine couche de poussière grise met tout ceci en valeur.

Le canon que je suis habituellement vient de se transformer en SDF, digne des plus belles filles de la Cour des Miracles tout juste bonne à faire l'aumône.

Fière comme je ne sais plus qui, je fais un tour dans la boutique et achète un pot de sucre à la rose de chez Fauchon.  Sale peut-être mais avec des goûts de luxe.

J'avais acheté une bouteille d'eau gazeuse pour me désaltérer, aussi mon cerveau en ébullition me suggère une idée géniale: je vais me rincer les pieds en sortant de la boutique et ils redeviendront tout beaux tout propres, et mon vernis à ongles ressortira mieux ainsi.

Mettant ma menace à exécution, je suis très fière de moi et peux ainsi continuer mon périple.

Oh nooon....que je suis bête...pourquoi j'ai fait ça...la poussière s'accumule et se transforme en agglomérat de crasse sur mes tongs rose fushia...c'est malin, en plus maintenant, je ne peux plus marcher.  Ben oui, vous avez déjà essayé de marcher avec des tongs toutes trempées vous...? ça glisse...!!

Je reste scotchée dans la petite flaque d'eau et quelques rares passants me jettent un oeil ahuri, comme si j'étais une bête de foire. C'est malin, c'est vraiment malin de ma part.    Tant pis, sale pour sale, je continue mon shopping.

De retour sur Mamoudzou, je me dirige vers le marché ou je trouve enfin le petit panier vert anis que je cherchais depuis une semaine.   Oui, mais j'ai devant moi deux touristes m'zungus qui se déchaussent avant de rentrer dans l'échoppe (qu'est-ce qui leur prend, d'ailleurs...).  La vendeuse,  croyant qu'on est ensemble, me fait signe d'en faire autant mais se ravise en voyant mes petits petons tout noirs.   Sourire crispé de part et d'autre, je vais lui flinguer son lino si j'entre pieds nus.   Oui, mais j'ai besoin des petits paniers aussi je choisis la solution intermédiaire: je lui dicte de loin ce que je veux, et elle me trouve ça en quelques secondes.  Merci vendeuse.

Il me reste à rentrer à la maison, je prends donc la barge.    Problème: sur la barge, on s'assoit et le pantalon remonte et les pieds se voient encore plus et j'ai la vague impression que tout le monde me regarde. C'est pas faux, tout le monde a les yeux rivés sur ma saleté.   J'ai le sentiment étrange d'être une pestiférée.   

La fin du calvaire arrive, et je peux enfin me déchausser à la maison.   Les lanières de mes tongs ont créees une jolie arabesque de noir de saleté, aussi je file vite sous la douche, qui sera suivi d'un bon gommage, croyez-moi.

Ce grand moment de solitude aura duré toute la matinée...

                               Kaay à Mayotte et toute propre maintenant.

 

Posté par kaay à 18:58 - La vie est dure - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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